Expert couleur Philippe Fagot consultant en management de la couleur et conférencier

Philippe Fagot

Consultant en management de la couleur et conférencier

Consultant senior spécialisé dans la culture de la couleur appliquée à des programmes d’innovation et de conception de produits nouveaux, des espaces de vie aux objets.

Le parcours de Philippe

Grâce à sa formation pluridisciplinaire (architecture, histoire de l’art et sciences religieuses) et sa spécificité (arcenciologue), Philippe Fagot s’est passionneé pour l’apport des sciences aux domaines de la couleur. Ses conférences vous emporteront dans un voyage historique, culturel, artistique, anthropologique et neuroscientifique.

Destinées à un auditoire professionnel (approche dédiée), à une audience scolaire et/ou universitaire, ou au grand public (vulgarisation scientifique), par nature transdisciplinaires, les conférences de Philippe Fagot offrent une approche interactive alliant pragmatisme et théorie.

Conférences

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Du bon usage des couleurs dans l’alimentation et la gastronomie

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L’Envers du Vert : Des Douleurs et de la Couleur

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De la Gestion des Règles d’Apparence des Couleurs en Matière de Savoir-Vivre

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Rose & Eros :Des Stéréotypes et des Préjugés en Matière de Pensées Sociales es Couleurs

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Du Mouvement des Règles Esthétiques dans le Domaine de la Décoration

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Les Couleurs d’Ailleurs : Cultures et Traditions Chromatiques de l’Inde et du Japon

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Rêves d’Azur : inspirations autour de textes de Gaston Bachelard

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Carmin & Carmen : Chromatiques de la raison et de la passion

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Des Mœurs et des Couleurs : Psychologie Individuelle et Pensée Collective Contemporaines en Occident

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Pratiques et Théories de la Polychromie Environnementale en Europe et dans le Monde

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Bio-inspiration et polychromaticité : Lorsque les Technologies High-tech S’inspirent des Stratégies Naturelles de Coloration

K

La Coloration des Eléments : Pensée Archétypale et Expressions Relativistes

K

Développement de l’Idée d’Humanisation par l’introduction de la Couleur dans l’Environnement des Espaces Hospitaliers en Europe

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L’Art du Faux ou les Tentatives d’Imitation des Perfections Naturelles que sont les Pierres Précieuses ou Semi-Précieuses

Les ouvrages de
Philippe Fagot

Couleurs, travail et société

Coédition Somogy éditions d’art

LèvresdeLuxe

Jean-Marie Martin-Hattemberg

Edition Gourcuff Gradenigo

Parures de verre

Camilli Anne

Les cahiers de Terres et Couleurs
Cosmochromie / L’univers de la couleur

The color Compedium

The gattegno effect

Couleur de la morale / morale de la couleur

La couleur des aliments 
De la théorie à la pratique

Écoutez l’interview de Philippe et
sa vision de la couleur

L’expertise couleur selon
Philippe Fagot

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C’est un phénomène, c’est une sensation,
qui est entre la raison et l’intuition.

Si vous étiez une couleur ?

Si j’étais une couleur… Il y a un terme qui me fait rêver. Je pense que l’on peut le catégoriser dans le registre du vocabulaire des couleurs : c’est perlescence. Il ne s’agit pas d’une couleur ordinaire, mais cela en est une quand même ! La notion de perlescence est une notion qui est à cheval entre la physique et l’optique des solides. Ce sont des effets de matière qui permettent des changements de couleur. Ce sont les couleurs des perles, de la nacre, des ocelles des plumes de paons. Ce sont toutes ces couleurs qui sont en mutation continuelle, qui sont en relation entre la matière et la lumière, qui interfèrent avec différents aspects. C’est le sens du mouvement, c’est le sens de l’ancrage dans une substance, mais c’est aussi l’interdépendance qu’il y a entre une matière et son observateur. Donc je maintiens que c’est cette notion de perlescence que je choisirais.

Une brève définition de la couleur selon vous ?

Une brève définition, c’est difficile. J’aime bien aborder la question du lien et aborder le fait que la couleur c’est un phénomène, c’est une sensation, qui est entre la raison et l’intuition.
En d’autres termes, on pourrait dire même si c’est peut être un peu caricatural, mais entre le cerveau droit et le cerveau gauche. C’est ce qu’il y a entre deux choses. C’est le lien qu’il y a entre l’objectivité qui est liée à la lumière, à la matière, à l’optique. Et puis c’est aussi lié À toute l’interprétation que l’on peut en faire en matière de psychologie. C’est le lien qu’il y a entre la raison et l’intuition.

Qu’est-ce qui vous a amené à la couleur ? Quel a été votre cheminement ?

C’est une révélation. J’ai un parcours avec une formation plutôt rationnelle : des études d’architecture, ensuite j’ai suivi les cours de l’école du Louvre, et puis j’ai terminé avec l’école pratique des hautes études en sciences religieuses. Là aussi, il y a ce rapport entre la raison, la règle, la sensibilité.
Et au moment où j’étais à l’école du Louvre, j’ai effectué un certain nombre de recherches. À l’époque j’étais totalement passionné. Je le suis toujours, mais avec moins de déraison aujourd’hui. J’étais passionné par l’œuvre d’un peintre hollandais : Piet Mondrian. Ce peintre a une démarche, en matière de couleur, plutôt de l’épure. Il cherche à réduire la palette à ce qu’il qualifiait d’essentiel : le rouge, le jaune, le bleu, le blanc et le noir. Il s’avère qu’à l’occasion d’un voyage d’étude aux Pays-Bas, qui est la nation d’origine de Mondrian, je me suis rendu au Gemeentemuseum à la Haye, qui est l’endroit où il y a le plus d’oeuvres de Mondrian au monde. Et là je vais vous faire une confidence… Les œuvres de Mondrian, je les connaissais par cœur via des reproductions que j’avais pu voir dans des musées, mais là je suis resté quelques jours dans ce musée, à contempler ses œuvres.

Jusqu’à un moment donné où j’ai eu cette révélation : je percevais des couleurs là où d’autres personnes n’en voyaient pas. Alors c’est pas parce que j’étais aux Pays-Bas, que j’avais consommé des substances illicites en France mais tolérées à la Haye, à Amsterdam ou à Haarlem, mais il s’avère que j’ai pu me révéler une caractéristique qui est d’avoir ce qu’on appelle des aberrations chromatiques. Les aberrations chromatiques sont un phénomène optique, que certains myopes expérimentent. C’est à dire qu’au lieu d’avoir un œil sphérique, on a un œil légèrement oblong.

La focalisation des rayons lumineux se fait à l’avant de la rétine. Lorsqu’il y a des situations de contraste intense comme Le noir sur le blanc ou inversement le blanc sur le noir, on voit, on observe à la lisière entre le blanc et le noir une petite bande spectrale qui est une dimension très intime. C’est-à-dire que l’on est le seul à le percevoir et les autres personnes se disent : quoi qu’est ce qu’il se passe ? Moi je ne vois rien. Ça c’était pour moi une révélation de l’intimité. C’est moi qui crée la couleur en fait ! La couleur n’existe pas sur l’objet, sur l’image, sur le stimulus. Lorsque je suis revenu en France à l’issue de ce voyage d’étude, j’ai commencé à m’investir dans des recherches sur la physiologie de la vision, sur la physique de la lumière etc. Tout ceci dans le cadre du centre français de la couleur, qui a été un déclencheur, quelques mois après j’en suis devenu le principal animateur, le directeur.
J’ai quitté une activité dans un bureau d’étude d’architecture, spécialisé dans le milieu hospitalier, pour rentrer dans ce monde de la couleur, et jamais je n’ai regretté ce choix. Ce n’est pas du tout un regret, c’est une vocation. Donc merci Mondrian ! Je ne suis plus en amour aussi intense qu’à l’époque, À son égard. Je regarde ces œuvres avec toujours beaucoup de plaisir mais j’ai aspiré par la suite à beaucoup plus de sensualité.

Avez-vous des modèles, des Pygmalions, des sources d’inspiration particulières ?

Il y a des contextes particulièrement proches qui m’émeuvent, qui me bouleversent.
Ce sont des contextes culturels, Il y en a deux en particulier que l’on peut considérer comme étant aux antipodes : Il y a toute la culture indienne liée à la couleur, toute la culture populaire et aussi savante et d’autre part il y a toute la culture japonaise. On aborde vraiment des antagonistes. D’un côté c’est l’explosion, c’est la joie, c’est la synesthésie, c’est l’absence de règles, c’est la liberté totale, c’est l’audace, c’est le bonheur. Quand je travaille avec des indiens, des hindous, je prends systématiquement une leçon, ça invite à beaucoup d’humilité.
Et lorsque je travaille avec des Japonais, c’est la même chose, mais dans un registre d’un raffinement extraordinaire, d’une subtilité, d’une puissance évocatrice. Il y a ces deux extrêmes qui animent mes réflexions, ce qui n’exclut pas la manière dont la culture populaire en Afrique aborde la couleur, mais il y a ces deux bornes : d’un côté la culture indienne et de l’autre la culture japonaise.

Quels sont vos centres d’intérêt et de recherche ?

Mes centres d’intérêt et de recherche sont pluriels.
Il y en a un qui a émergé, il y a à peu près 25 ans, lorsque j’ai fait une rencontre déterminante avec le prix Nobel de médecine, David HUBEL, en 1981. Il fait partie d’un duo avec Torsten Wiesel, tous les deux sont des explorateurs du cerveau. Ce sont 2 chercheurs américains qui ont exploré une partie du cerveau qui est située à l’arrière de la boîte crânienne : l’occiput. Ce sont eux qui ont cartographié des zones de neurones, ils ont établi une topographie du cortex cérébral visuel.
J’ai été amené à le rencontrer lors d’une opération que j’effectuais pour Fiat en Italie. Et ça a été une rencontre absolument fabuleuse, étonnante, une rencontre rare. J’étais terrorisé à l’idée de rencontrer un prix Nobel. C’est toujours assez vertigineux d’avoir l’opportunité de cette proximité. Et à tort ? puisque j’ai rencontré l’un des hommes les plus humbles que je n’ai jamais vu.
C’est quelqu’un qui était arrivé à un tel degré de solitude, Étonnant tout simplement, puisqu’à force d’explorer, D’être un pionnier, il n’avait plus d’alter ego, il n’avait plus de personne capable de lui renvoyer un questionnement auquel il était fixé, sur le seuil. 25 ans après, bien qu’il ait disparu il y a maintenant deux ans et demi, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à lui. Cette rencontre a été une porte ouverte sur toutes les recherches en neurosciences. Et pour répondre à votre question : c’est ça qui m’anime, c’est la matière grise. La couleur bien sûr, mais la matière grise, c’est là où tout se passe.
Nous cherchions tout à l’heure une définition simple de la couleur. Paul Cézanne disait : «La couleur est le lieu où le monde et le cerveau se rencontrent.» Très très belle réflexion, très très belle citation. Il y a des perspectives étonnantes sur ce mystère du cerveau. Il y en a une en particulier qui me passionne et parfois m’empêche de dormir. Il est possible, en tous les cas, un certain nombre de personnes partagent cette hypothèse, il est tout à fait possible que pour arriver à comprendre ce qui est relativement complexe, que pour arriver à comprendre une partie du fonctionnement cérébral, comprendre ce qu’est la conscience est probablement une voie d’accès déterminante.
Et pour pouvoir arriver à comprendre où se situe la conscience, je crois qu’il y a maintenant un consensus général pour dire que là conscience n’est pas localisée dans une zone du cerveau. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une connectique : différentes zones du cerveau sont sollicitées (les zones sensorielles, les zones de la mémoire) mais il y a trois ans, au mois de juillet 2019, il y a eu un indice. Un chirurgien a oublié un instrument dans le cerveau de l’un de ses patients. L’endroit où était placé cet objet pourrait suggérer que ce ne serait, non pas le siège de la conscience, mais en tout cas l’interrupteur. C’est-à dire que si cet endroit est dysfonctionnel ou détruit, on rentre dans une attitude d’inconscience. L’inconscience en matière médicale, c’est le coma. Mais pourquoi cette anecdote, quel est le rapport avec la couleur ?
Il y a de fortes probabilités, il n’y a aucune certitude à l’heure actuelle, que pour pouvoir accéder à cette petite zone fragile de neurones qui fait 2,3 cm. Il y a une voie d’accès qui pourrait être celle de la voie V4. La voie V4 c’est cette aire de neurones qui a été identifiée par HUBEL et WIESEL et qui est l’aire qui permet la vision, non pas des couleurs, mais la vision aux couleurs. ça occupe une partie de mon temps. Pour moi cela relève plus d’un intérêt. Mais je m’intéresse aussi à toutes les recherches sur les matériaux nouveaux, sur la bio-inspiration, le biomimétisme, la façon dont on va découvrir des interactions entre des animaux qui vivent dans les profondeurs sous-marines et leur façon d’utiliser la phosphorescence ou la bioluminescence. Ou encore la manière dont on va arriver à faire le lien entre la vision spécifique du martin-pêcheur. Il a dû adapter sa vision aux conditions de son existence et pour pouvoir repérer la position des poissons sous la surface réfléchissante des cours d’eau, il a dû développer un système optique qui fait que sa cornée est comme un verre polarisant. C’est-à-dire qu’il fait disparaître les reflets de la surface de l’eau pour pouvoir être performant. Je trouve ça absolument passionnant. Mais je crois que rien n’échappe à ma curiosité. Il y a bien des choses qui y échappent mais ce n’est pas grave…

En quoi votre expertise ou votre approche sont-elles singulières ?

Dès le départ, dès l’instant où j’ai commencé à travailler, je n’ai jamais cherché à développer un modèle spécifique. Au sein d’une entreprise, au sein d’une organisation, je considère, c’est un à priori, que les solutions sont déjà toutes réunies mais qu’il est nécessaire de les ordonner. Après avoir fait une citation de Paul Cézanne je vais en faire une d’Henri Matisse :
«J’ai mis de l’ordre dans mes idées, lorsque j’ai mis de l’ordre dans mes couleurs.»
Pour moi c’est un leitmotiv. Ce leitmotiv je l’applique de façon subliminale ou même totalement énoncée. Dans une organisation, dans une entreprise, on m’appelle pour développer un programme de culture d’entreprise, de résoudre ou d’initier la conception de produits nouveaux. J’ai donc affaire à des responsables de production, à des responsables de communication, à des responsables du marketing, à des responsables de la recherche et du développement, etc.
Toutes ces personnes, tous ces services, ont des compétences, que moi je n’ai pas puisque je ne suis pas un chimiste, je ne suis pas un homme du commerce, mais je sais faire le lien. Et lorsque le lien est établi, on se rend compte que les solutions étaient globalement au sein de l’entreprise et qu’il a fallu essentiellement mettre un petit peu d’ordre dedans. Pour se faire, c’est d’abord beaucoup d’écoute, et c’est une démarche avec une technique ancienne que l’on appelle la maïeutique. La maïeutique c’est ne pas transférer un exemple, un modèle qui serait le mien. Au contraire, c’est de permettre à chacun des participants de donner le meilleur d’eux-même et de transcender collectivement le quotidien, l’ordinaire, et de réaliser à un moment donné le projet, de tendre à se rapprocher du projet que l’on avait initialement supposé être réalisable. Parfois on y arrive, parfois on s’échappe, et on va découvrir tout à fait autre chose et là c’est de la sérendipité, qui est encore beaucoup plus étonnante puisque cela montre que les ressources sont multiples dès l’instant où on sait les mobiliser.
Il faut du temps, c’est une dimension que l’on nous accorde de moins en moins. La satisfaction avec mes clients c’est de travailler dans de bonnes conditions, des conditions de confiance. J’ai eu la chance de travailler avec beaucoup de multinationales, avec des gros moyens, j’ai eu la chance de travailler avec des PME (petites et moyennes entreprises) avec peu de moyens, mais une volonté complètement à l’opposé des gros groupes, et je sais maintenant que j’ai une plus grande affinité de travailler sur les projets moins ambitieux mais plus performant, plus efficaces, à une taille plus humaine. C’est ce qu’on me reconnaît et c’est ce que j’attends dans la collaboration avec des entreprises.

Quels sont les résultats ou réactions les plus satisfaisant(e)s que vous observez pour vous et vos clients lors de vos missions ?

Je crois que c’est de trouver en nous-même ou dans la fédération des compétences de chacun des solutions auxquelles on ne pensait pas ou n’aspirait pas. Je ne suis pas feignant, mais je préfère orienter et accompagner plutôt que de faire le travail à la place des opérateurs qui sont nettement plus compétents que moi dans leur domaine.
C’est de travailler sur l’Humain. Pour moi, travailler sur la couleur c’est principalement travailler à l’échelle humaine et à l’échelle des opérateurs. L’une des grandes aventures entrepreneuriales que j’ai eu, ça a été la collaboration avec le centre de recherche de la banque de France pour le billet de cinquante francs, le Saint-Exupéry.
La banque de France, c’était une société à monopole, sans concurrence. Le personnel passait leur carrière dans cette entreprise donc il n’y avait pas nécessairement de renouvellement. Dès l’instant où on a commencé à parler de la monnaie unique européenne, à suggérer une dématérialisation de la monnaie, ça a engendré des résistances et une multitude d’interrogations en interne.
Quand on a pu mettre en évidence que le personnel pouvait être moteur de ce progrès, quand on a dû prendre en considération que les chaînes de fabrication en France devaient être identiques à celles en Allemagne ou au Pays-Bas, parce qu’il ne faut pas que deux billets fabriqués dans des endroits différents présentent le moindre écart, cela a impliqué de démultiplier les procédures, les normes et impliqué de se dépasser et de créer de nouveaux process. On arrive alors progressivement à trouver des solutions. Pour faire un petit billet, grand comme ça, il faut 7 ans de recherche et développement. C’est une belle aventure. C’est de montrer que les ressources sont dans les équipes.

Comment voyez-vous évoluer la place de la couleur dans les années à venir ?

Je vois, je vois. Qu’est-ce que je vois dans la boule de cristal ? Je pense que la couleur, au sens large, est confrontée à l’heure actuelle à un paradoxe. Il y a une partie du registre de la couleur, du chromatique, qui pose problème. On observe qu’il y a des risques, qu’il y a des matières colorantes qui sont toxiques. Le 1er janvier 2022 il y aura des colorants qui seront interdits.
Cette interdiction concerne les encres utilisées pour les tatouages. Cette proscription à l’échelle européenne est représentative de ce qui est à craindre des matières colorantes que l’on va trouver dans l’agroalimentaire, dans la cosmétique, dans le textile, dans de multiples registres. Il y a cette dimension de la toxicité. Pour la génération actuelle, il y a un abus de l’utilisation des écrans, et c’est peut être l’une des conséquences du confinement. Cette stimulation continuelle du système visuel, à une lumière colorée qui est en direct, suscite des transformations au niveau de la physiologie de la vision. On détecte des vieillissements précoces, que l’on commence à mesurer sur les générations précédentes. La cataracte est maintenant détectée un peu plus tôt que la moyenne située entre 55 et 60 ans.
Il y a une précocité d’usure des systèmes sensoriels qui s’opère et il y a un changement de paradigme, dans le sens où à force d’être stimuler de façon très intensive, saturée, on aspire continuellement à une surstimulation, à une sursaturation. Ce qui s’observe aussi quand on élabore des parfums : il faut augmenter les contrastes dans la composition des jus, pour que les utilisateurs puissent détecter les notes de têtes, les notes de cœur. On réduit la subtilité pour être constamment dans des notions d’écart, Des cas qui sont irréversibles.
Pour moi ce n’est pas un progrès. Peut-être que l’une de nos actions serait d’être vigilant par rapport à cette problématique, en matière d’éducation en particulier. Il y a donc cette dimension que je qualifierais de couleur toxique, et puis il y a des couleurs salvatrices. Les couleurs qui vont nous réjouir, qui vont contribuer à nous émerveiller, à nous surprendre.
On se laisse surprendre par le monde environnant, par le biomimétisme, par la façon dont des êtres vivants développent des stratégies soit de dissimulation, soit de séduction, par la couleur. On ne va pas chercher à adapter ces stratégies pour nous, mais ce sont des leçons de vie pour lesquelles on a été négligent ces dernières décennies, par ignorance peut-être, et on commence à vouloir en tirer des leçons. Le rapport au naturel ne peut être qu’une leçon et il induit le rapport à l’évanescence, à la mutation, à l’évolution. En somme, des prospectives assez paradoxales : d’un côté une certaine méfiance par rapport à la couleur et de l’autre une liberté complète. Reconnaître à la couleur, sa poésie, son charme, son attraction, son intérêt, sa surprise.

Quel projet rêvez-vous de mener ?

Il y a un projet, qui a été un peu avorté, même complètement avorté, que j’avais commencé à initié avec une amie philosophe. Cette amie, Jacqueline Wittgenstein, est malheureusement décédée en avril 2019.
Ce projet devait reprendre les questions d’un colloque qui s’est déroulé en 1954 : « Problèmes de la couleur » Un colloque initié par Ignace Meyerson, qui abordait les grandes questions de la couleur. La situation particulière était celle de l’après-guerre.
Il y avait des artistes, des scientifiques, toute cette dimension transdisciplinaire à laquelle on aspire, qui était réunie. Ce qui nous intéressait avec Jacqueline c’était de reprendre les grandes questions en matière de sociologie, de linguistique, d’anthropologie, pour mesurer l’écart, le progrès, éventuellement les régressions qu’il pourrait y avoir entre 1954 et 2024. On se disait que si on le faisait 70 ans après ça serait bien. Mais cela a été avorté, par son départ. C’est un projet pour lequel j’aurai un certain devoir à pouvoir le mettre en place. J’aimerais aussi combler un échec professionnel. Mais maintenant ce n’est plus possible.
C’est un échec qui m’a aussi beaucoup apporté. C’est un projet que j’avais apporté en 1993, auprès des laboratoires URGO. Si vous avez des enfants, j’imagine que vous savez ce que sont les produits URGO, les sparadraps. À l’époque, j’étais allé voir l’un des dirigeants de cette marque en lui disant :
« Combien de doigts ? » Et là dessus on était d’accord : 5
Mais le problème portait sur le fait qu’URGO ne produisait que des sparadraps dédiés, destinés aux épidermes de type caucasien. Si j’étais malien, ou sénégalais, et que je me blessais, je devais mettre un sparadrap de la teinte de la peau caucasienne. Le marché c’était de développer des sparadraps correspondants aux couleurs de peaux. Cela a été réalisé, il y a quelques mois, par une start-up londonienne. Ce qui est bien pour eux ! Je n’ai pas de regrets mais ça soulève une multitude de questions liées à la manière que l’on a de proposer des idées simples. Tout le monde à qqch à dire sur la couleur. Tous les interlocuteurs ont un avis sur la couleur.
Quand il y a des projets de ce type, qui ont de l’ampleur, ce n’est pas le produit qui pose problème, mais l’idée de résoudre une question existentielle peut être un frein. Je n’ai pas eu cette idée soudainement, un matin ! Cette idée s’est développée avec une certaine maturité, mais je n’ai pas su la présenter. Là j’ai beaucoup de progrès à faire !

Un nom de couleur que vous aimez particulièrement ?

Je ne vais pas répondre à votre question au singulier. Deux noms de couleurs : cela va de sois c’est IRIS, parce que je sais pas à quoi on pense en premier. À la fleur ? Les iris d’eau sauvages qui sont l’incarnation de mon territoire chromatique préféré: le violet. Le deuxième, les Iris, les déesses des arcs en ciel.
Le deuxième c’est tout simplement Isabelle : c’est un nom de couleur et le nom de mon épouse, une muse. Isabelle est un nom ancien, ancestral. Mon Isabelle à moi sont deux mystères indéfinissables.
IRIS et ISABELLE

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