Experte couleur Emmanuelle Leblanc artiste et designer

Emmanuelle Leblanc

Artiste, designer et formatrice couleur

Emmanuelle Leblanc est artiste. Essentiellement pictural, son travail évolue vers un minimalisme sensible qui tend à prolonger les traditions du Color Field Experience et s’attache à créer des atmosphères vibrantes habitées par l’onde de la lumière. Bidimensionnelles ou spatiales, ses pièces s’ouvrent récemment au terrain de l’architecture. 

Le parcours d’Emmanuelle

L’artiste est représentée par la galerie belge Archiraar depuis 2015. Son travail a été exposé dans différentes galeries, foires et institutions en France et à l’étranger.

Elle enseigne les savoirs et savoirs-faire artistiques et techniques liés à la couleur en enseignement artistique supérieur ou professionnel et anime des workshops peinture.

Emmanuelle accompagne ponctuellement de grandes entreprises dans le cadre de la conception et animation d’ateliers de co-création dit «team-building artistiques».

Ateliers

K

“Petites matériologies du peintre-coloriste” : découverte et apprentissage des techniques picturales traditionnelles 

K

“Team building artistique” : atelier fédérateur de co-création destiné à la réalisation d’une œuvre collaborative.

Formations

K

Les fondamentaux théoriques et culturels de la couleur par le prisme de la peinture – niveau débutant

K

Conception, harmonies et terminologies de couleurs – niveau débutant et intermédiaire

K

La couleur en architecture et décoration intérieure – niveau intermédiaire

Découvrez l’interview d’Emmanuelle Leblanc
et sa vision de la couleur

Découvrez sa résidence organisée par BAM projects et La Réserve

L’expertise couleur selon
Emmanuelle Leblanc

|

La couleur fait le pont entre le réel et le virtuel,
voire le spirituel

Si vous étiez une couleur ?

Si j’étais une couleur, je pense que je serais le jaune. C’est la couleur qui revient le plus souvent pour me décrire et qui revient aussi souvent dans mon travail. Ce serait un jaune entre l’or et le soufre, je ne sais pas s’il existe…

Une brève définition de la couleur selon vous ?

C’est le domaine de perception, de réflexion, d’application, le plus relatif, le plus versatile, le plus indiscipliné et synesthésique, qui nous soit donné. Il concerne tous les êtres dotés de yeux valides et ce qui m’intéresse dans la couleur c’est qu’elle peut concerner à peu près tous les domaines de la connaissance qui vont des sciences dures, aux sciences humaines, en passant par les arts.

La couleur fait le pont entre le réel et le virtuel, voire le spirituel. C’est un moyen d’accéder à une dimension autre, qui serait une sorte de quatrième dimension.

Qu’est-ce qui vous a amené à la couleur ? Quel a été votre cheminement ?

C’est d’abord le goût pour la peinture. J’ai toujours peint. Très tôt, c’est plutôt ma mère qui m’en a donné le goût. Elle adore la couleur, elle adore ce qui brille, elle adore les couleurs chaudes, les couleurs vibrantes et elle le déclare très souvent. Par capillarité, je pense que j’ai suivi ce chemin.

Mon premier média a été la peinture. C’est un média qui m’était naturel, que je comprends bien puisqu’il est presque inscrit dans mon code génétique. Assez naturellement, je me suis dirigée vers des études artistiques, des études plutôt théoriques. J’ai intégré l’université à Toulouse, j’y ai fait un premier cycle en arts plastiques, jusqu’à une maîtrise qui m’a fait cheminer autour des questions de la couleur, de la texture, de la matière, de la patine. À cette époque-là je m’intéressais beaucoup au textile.

Parallèlement je continuais aussi à peindre. À la fin de ma maîtrise, j’ai eu un petit temps d’arrêt sur comment j’allais exploiter tout ça dans le milieu professionnel. Un an après ma maîtrise, j’ai été rattrapée par Guy Lecerf qui a initié à Toulouse un DESS (diplôme) Couleur et Projet, à la faculté du Mirail. Il m’a proposé une place dans cette formation qui venait tout juste de s’implanter. C’était dans la continuité de ce que j’avais initié en maîtrise et Guy Lecerf ayant été mon directeur de recherche en maîtrise, il était certain que j’avais ma place dans cette promotion.

J’ai donc passé le test d’entrée et participé à l’inauguration de cette première formation en France, qui s’occupait principalement de la question de la couleur et composée de quatorze autres filles, puisque nous n’étions que des filles. Une année forcément passionnante, pendant laquelle j’ai continué à m’intéresser aux questions de textile et de tendances. J’ai fait un stage en tissage, et suite à ce DESS j’ai été intégrée dans un bureau de tendance parisien, qui s’appelle Peclers.

De fil en aiguille j’ai commencé à travailler dans différents milieux du textile et de la décoration, en tant que coloriste. Je me suis mise en indépendante assez rapidement et pendant quelques années j’ai œuvré pour des bureaux de tendance, pour du papier peint, pour le milieu du cuir : j’ai travaillé en tannerie. Plusieurs expériences assez chouettes, dans le milieu du textile et de la décoration, centrées sur la question de la couleur.

À un moment donné le goût de la peinture est revenu et j’ai voulu reprendre de plein pied ma pratique picturale. J’ai donc laissé un peu de côté le travail en indépendante qui prenait beaucoup de temps et je me suis recentrée sur les questions picturales. Cela fait maintenant un peu plus d’une quinzaine d’années que je développe une pratique picturale, de façon plus intensive.

Je ne fais pas que ça, j’enseigne aussi la couleur dans des écoles d’arts appliqués. J’ai différentes activités de formation et de coaching dans lesquelles le média couleur est toujours forcément présent.

Aujourd’hui je suis principalement peintre.

Avez-vous des modèles, des Pygmalions, des sources d’inspiration particulières ?

J’en ai plein, le problème va être de tous les énumérer, je vais essayer de les classer par catégorie. Si je considère mon travail artistique, ma source d’inspiration principale reste la lumière.

Ce que j’essaie de faire en peinture, actuellement, c’est de faire de la lumière avec de la matière. Mon matériau est bien du pigment, de la peinture voire de la teinture. Ça reste matériel mais mon modèle reste la lumière parce que j’essaye donner un maximum d’éclat dans mon travail. Mon motif principal c’est la lumière mais c’est aussi ses infinies manifestations, ses variations, ses mouvements. Bien évidemment, la lumière ne va pas sans l’obscurité donc ce qui m’intéresse ce sont toutes les variations qui vont de l’obscurité à l’éclat. Les phénomènes optiques, lumineux, atmosphériques ou météorologiques sont pour moi des sources d’inspiration très fortes. Tout ce qui est de l’ordre du halo, de l’aura, des arcs-en-ciel, des phosphènes, des brumes. Tous ces phénomènes sont des choses que je regarde, que je photographie et que je tente de retranscrire en peinture.

Mes modèles viennent aussi des voyages que je réalise. Mon travail est très minimal, et à chaque fois c’est une sorte de mémoire d’un moment, d’un espace qui a été traversé. Mes différents voyages participent aux changements de palette que j’ai au fur et à mesure des années.

Dans les artistes qui me sont chers et qui traversent mon travail, j’ai toujours en mémoire des visions de fresques en Italie. J’aime beaucoup le Quattrocento comme période artistique et des peintres comme Fra Angelico, Piero della Francesca, Masaccio. Ces peintres restent des modèles pour leurs gammes chromatiques et des moments picturaux forts que j’ai pu voir de mes propres yeux.

Mon travail a débuté par le portrait. Aujourd’hui je suis détachée de l’image, même si j’y reviens en ce moment. La peinture d’Europe du nord, flamande, hollandaise, à la fois de portrait et de nature morte ont été des modèles assez forts dans une période plus austère dans mon travail, même si on peut parler de lumière du nord. Plus récemment, je me suis intéressée au mouvement Light and Space et à tous ces artistes attentifs aux phénomènes de perception des échelles, des volumes et attentifs à tout ce qui peut être immatériel dans leur travaux. Je pense à des artistes comme James Turrell, Larry Bell, Olafur Eliasson ou encore Ann Veronica Janssens, qui est une artiste belge. Des artistes comme eux, qui vont de la pré-renaissance jusqu’à être nos contemporains, sont des sources d’inspiration fortes.

Quels sont vos centres d’intérêt et de recherche ?

La peinture bien évidemment ! Ce qui m’intéresse dans la peinture c’est son histoire et sa matériologie. Sa matériologie dans le sens où j’utilise beaucoup de techniques traditionnelles, je peins à l’huile par exemple. J’ai lu beaucoup de vieux grimoires de recettes de peintures et j’ai appris à peindre toute seule, je ne suis pas allée dans un atelier. Ce n’est pas non plus à la faculté que j’ai appris à peindre. Les histoires de matériologie, de technique, de couches, de réalisation de glacis, je l’ai appris avec des vieux livres de recettes, en expérimentant beaucoup, en ratant beaucoup.

J’adore l’histoire de la fabrication des pigments, c’est un centre d’intérêt vraiment fort dans mon travail. Je travaille essentiellement sur des coloris en combinatoire, le travail des combinaisons de couleurs m’intéresse beaucoup. En ce moment je m’attache à travailler sur des combinaisons très peu usitées en Occident. Depuis que j’ai fait un voyage en Inde, j’ai vu des combinaisons de couleurs qui m’ont permis d’étendre ma gamme et mes usages des couleurs. Les possibilités de combinaisons ont été exponentielles avec ce que j’ai pu voir dans cette culture indienne.

Aujourd’hui je cherche à faire des associations peu communes, peu conventionnelles. Tout le travail de terminologie des couleurs, tout le langage poétique que cela peut engendrer, m’intéressent aussi énormément. Mes titres d’oeuvres comportent à chaque fois des noms de couleurs composites et tendent parfois à créer des sortes d’oxymores. Pour la série des Diffuses, je nomme les peintures en fonction d’un protocole que j’ai instauré : “Diffuse et un nom de couleur”. Ce qui donne : “Diffuse noir empire”, “Diffuse vert écarlate”, “Diffuse rose viride”

Il y a aussi eu “Diffuse Ombre carmin” ou “Diffuse soufre bleu”. Cette série a été initiée en 2014 et les titres sont comme des petits haïkus. Chaque titre est à chaque fois en lien avec la palette de teintes utilisée et chercher ces titres m’amuse. Tous les travaux de terminologie, de recensement des noms de couleurs anciennes menés par Annie Mollard Desfour m’intéressent. Les dictionnaires de noms de couleurs, je trouve ça génial, je les collectionne.

Je dirais enfin, que le domaine qui m’intéresse et fait le pont c’est celui de la couleur appliquée à l’espace et donc de la perception que l’on peut avoir de l’espace par le biais de la couleur. J’enseigne ce thème auprès d’étudiants en architecture et architecture d’intérieur. Cet enseignement me permet de faire un pont entre tous ces centres d’intérêts.

En quoi votre expertise ou votre approche sont-elles singulières ?

La singularité, ce serait une quête assez périlleuse voire impossible, qui est celle de vouloir reproduire de la lumière avec de la matière. C’est ce que j’essaye de faire en tout cas !

D’une manière plus professionnelle, je dirais que grâce à ma double formation en arts plastiques et en arts appliqués, je suis à la lisière entre la création pure et le potentiel travail de commande, et de design.

Mon travail est un mélange de beaucoup de ressentis et un peu d’instruction.

Quels sont les résultats ou réactions les plus satisfaisant(e)s que vous observez pour vous et vos clients lors de vos missions ?

Ce qui me procure le plus de satisfaction lorsque je propose mon travail au public, c’est quand je m’aperçois qu’il parle à des individus de culture et de nature très différentes. Quand je dis de cultures c’est aussi de cultures géographiques. Mon travail est très minimal, c’est uniquement de la couleur. Ce qui revient à dire que la couleur est un langage relatif et universel. Les gens qui abordent mon travail et à qui il plaît, ce sont des gens très différents, des gens instruits ou des gens plus humbles.

Pour donner un exemple, lorsque je suis allée en Inde, je me disais que mon travail artistique était tellement minimal et assez éloigné de ce que l’on peut voir dans l’art contemporain indien : qui est très ornemental, très dense, très ancré soit dans la figuration, soit dans la symbolique, avec beaucoup de motifs. Finalement, j’ai eu un accueil assez génial, du public indien. Je me dis que j’ai peut-être réussi à développer un langage qui peut parler à des gens très différents, aussi bien dans mon travail artistique que dans un travail plus appliqué.

Je fais aussi du team building, et je m’aperçois que le langage de la couleur, auprès de différents employés, dans différentes firmes, passe assez rapidement. Une fois que l’on a dépassé les codes conventionnels de la couleur et dépassé la volonté de donner des significations trop faciles, on s’aperçoit qu’aborder la couleur ouvre une dimension nouvelle et permet aux gens de s’ouvrir assez vite.

La couleur est finalement un pont.

Comment voyez-vous évoluer la place de la couleur dans les années à venir ?

Je ne sais pas comment elle va évoluer. En tout cas je peux dire comment j’aimerais qu’elle évolue. J’aimerais qu’elle ait un rôle majeur pour rétablir une certaine harmonie entre l’Homme et son cadre de vie, l’Homme et la Nature, l’Homme et la Ville. Qu’elle serve à rattraper les désordres engendrés par la société de consommation capitaliste. J’aimerais qu’on puisse sortir la couleur d’une vision soit fonctionnaliste, soit consumériste ou essentiellement décorative, et qu’on puisse l’intégrer comme une donnée essentielle à notre bien-être, voire à notre santé.

Cela fait un moment que j’enseigne la couleur et je m’aperçois que ce n’est pas un paramètre qui est vraiment très creusé, très enseigné, même dans les écoles d’art et d’architecture. C’est peut être pour ça qu’il y a autant de désordre dans l’usage des couleurs face à l’environnement ? J’aimerais que la couleur puisse être enseignée au même niveau que le dessin. Il y a toujours eu cette primauté du dessin sur la couleur et j’aimerais établir, insuffler un équilibre entre ces deux disciplines.

C’est notre rôle, à nous coloristes d’insuffler ce changement, qui passe aussi et surtout par l’enseignement. Commençons déjà par intégrer la couleur dans les études.

Quel projet rêvez-vous de mener ?

Ce n’est pas un projet très défini. J’aimerais projeter beaucoup plus de couleurs et d’art dans les espaces que tout un chacun peut traverser. C’est à dire dans les espaces urbains, les espaces hospitaliers (dans lesquels il y a beaucoup de travail à réaliser) ou encore dans les écoles. Je voudrais intégrer une dimension appliquée de mon travail artistique et je travaille en ce moment sur un projet avec des architectes, pour intégrer une œuvre à l’échelle de deux ensembles immobiliers.

J’aimerais aussi intégrer une dimension sociale à mon travail. C’est un peu vague mais je souhaiterais creuser davantage cet aspect et pouvoir travailler l’artistique en l’appliquant à des problématiques de bien-être dans les espaces hospitaliers, dans les ehpad et évidemment dans la ville.

Un nom de couleur que vous aimez particulièrement ?

Il n’y en pas qu’un donc je vais faire une liste ! Une toute petite liste de noms de couleur qui reviennent dans mon travail, que j’aime beaucoup et qui ont un lien avec la picturalité : Vermillon, Terre d’ombre naturelle, Terre d’ombre calcinée. Des couleurs qui me permettent de travailler les ombres et c’est important ! Lapis-lazuli, qui a une connotation plus exotique.

J’aime aussi beaucoup le mot Or ou encore Pourpre. Et suite à une rencontre, au début de l’automne, avec des châtaignes je suis dans les mots Châtain, Noisette, Écureuil. C’est certainement un besoin de réconfort.

Vous avez un projet ?

Nos experts sont à votre écoute pour vous conseiller
et échanger sur vos besoins !

Translate